Un regard sur Expozine 2010

Blogue de la 20ième anniversaire d’Expozine :

Un retour sur 2010

Par Arizona O’Neill, novembre 2022

Lorsque vous entrez dans le centre d’archives d’ARCMTL dans lequel se retrouvent les archives d’Expozine, vous avez l’impression d’entrer dans le fantasme d’un fou. Il y a des rangées d’étagères qui ont été données à ARCMTL par une bibliothèque, et chacune est remplie à ras bord de trésors éclectiques, bizarres et merveilleux. Il s’agit d’une représentation parfaite de la culture artistique de Montréal grâce à son incroyable collection de livres, d’affiches, de gravures, de bibelots et, bien sûr, de zines ! On m’a demandée de fouiller dans les archives d’Expozine et de choisir une seule année. J’ai été immédiatement submergée par l’histoire de chaque année, mais j’ai été attirée par l’année 2010. Après une recherche plus approfondie, j’ai été ravie de voir combien d’artistes désormais établis me sautaient aux yeux.

Tout de suite, j’ai sorti un zine qui était indéniablement un original de Michael Deforge. Deforge est un comique basé à Toronto qui a publié plusieurs romans graphiques chez Drawn and Quarterly et Koyama Press. Deforge a trente-cinq ans aujourd’hui, ce qui fait qu’il en avait vingt-trois lorsqu’il a participé à Expozine en 2010. En faisant ces calculs, seul parmi des centaines de zines, j’avais l’impression d’être un détective privé ayant découvert quelque chose de très rare et de spécial.

Ce minuscule zine de 20 pages de 3 x 4 pouces intitulé Maxim’s Hot 100, avec un hamburger portant une perruque sur la couverture, réalisé au tout début de la carrière de Deforge, était déjà remarquable. Ce qui m’a frappé, c’est la pureté et l’éclat de ce zine qui n’utilise que trois couleurs : bleu, jaune et noir. L’art de ce zine sortait du lot, et il est clair maintenant que le jeune Michael Deforge avait du talent et qu’il allait faire sensation. Les autres savaient-ils, en passant devant toutes les tables couvertes de zines, qu’il y avait un géant émergent du roman graphique derrière l’un d’eux?

C’est ce qui est si étonnant dans la culture des zines. C’est ainsi que la plupart des romanciers graphiques commencent leur carrière. C’est là que les graines du génie sont semées, et c’est pourquoi elles sont si impatiemment partagées et lues par leurs pairs.

J’ai trouvé un magnifique zine de la Montréalaise Iris Boudreau, qui était en pleine ascension en 2010. Petites histoires : Numéro un est un zine de 4,25 pouces sur 5,5 pouces avec huit pages et deux courtes bandes dessinées à l’intérieur. L’une des histoires met en scène une femme d’affaires qui vient acheter à la colocataire d’une fille un coquillage contenant le Chat au chapeau pour 25 000 $. Elles sont assez imaginatives et captivantes. Elle a ensuite réalisé L’ostie d’chat avec Zviane en 2013.

Il y avait aussi un zine de Ohara Hale, qui a commencé à publier des livres pour enfants en 2013 et qui est extrêmement connue et estimée dans son domaine. Le zine, Butts Over Butt, est crédité à Christine Hale, car cette publication est arrivée avant son changement de nom d’artiste.

 

 

Chaque page comporte un dessin d’un aliment avec un cul travaillé et un nom amusant pour le repas. Par exemple, une page présente des pâtes avec des boulettes de viande en forme de fesses et s’appelle « Buttghetti and Butt Balls ». C’est intelligent et ça fait sourire, et je connais beaucoup d’enfants qui trouveraient ça hilarant. Le zine est en noir et blanc et semble avoir été dessiné avec un crayon en utilisant des lignes audacieuses. Son travail au trait est similaire aujourd’hui, mais plus soigné, et c’est dans sa palette de couleurs reconnaissables dans son travail actuel qu’elle brille. Il est intéressant de voir comment elle a évolué.

Au bas de la pile se trouvait le plus petit zine intitulé Catalogue de boulons qui a immédiatement attiré mon attention. Chaque page portait l’empreinte d’un type de vis différent. Sous chaque vis se trouve une petite description composée d’un collage de mots en polices variées, comme dans les lettres de rançon. C’était si intelligent et si simple, et il a été réalisé par nulle autre que l’icône montréalaise Julie Doucet.

Cette année, Doucet a reçu le Grand Prix du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, un prestigieux prix de reconnaissance de sa carrière. J’ai récemment parlé à Julie Doucet, dont la célèbre série Dirty Plotte a débuté sous forme de zine dans les années 80. Je lui ai demandé l’importance des zines dans une carrière de bédéiste. Elle m’a répondu : « Il faut bien commencer quelque part. Et vous ne pouvez pas commencer par faire un roman graphique, un livre de cent pages. Commencez par des histoires courtes, photocopiez-les et faites-les circuler. Comme ça, tu apprendras à quoi les gens réagissent. » Et c’est tellement vrai. Vous devez faire connaître votre travail autant que possible. Lorsque vous êtes assis à votre table Expozine avec vos zines exposés, vous pouvez observer comment les gens réagissent à votre travail. Sont-ils attirés par votre table ? Et si oui, quelle pièce choisissent-ils toujours en premier ? C’est ainsi que vous apprenez dans quoi investir plus de votre temps.

Expozine est un endroit extraordinaire pour découvrir la prochaine génération de dessinateurs et d’artistes. On ne sait jamais quels trésors on va trouver et quel artiste émergent fera bientôt de grandes vagues.

– Arizona O’Neill